Le tourisme génère 8 % des émissions mondiales de CO2, soit 4 gigatonnes par an, avec une croissance annuelle de 3,5 % entre 2009 et 2019 (Nature Climate Change, 2024). Voyager autrement repose sur trois piliers : réduire son empreinte carbone, soutenir les économies locales et préserver les écosystèmes traversés.

Empreinte carbone du voyage : les chiffres à connaître

Le transport concentre 75 % de l’empreinte carbone touristique. L’avion, à lui seul, représente un tiers des émissions du secteur en France. En 2022, les émissions du tourisme français ont atteint 97 millions de tonnes de CO2 équivalent, soit l’empreinte de 10 millions de Français (ADEME, 2023).

Mode de transport Émissions CO2/km/passager Comparatif
Avion court-courrier 258 g Référence
Voiture (1 passager) 193 g -25 %
Train grande vitesse 3,2 g -99 %
Bus longue distance 29 g -89 %

Le train divise les émissions par 80 par rapport à l’avion sur un trajet Paris-Marseille. Pour les destinations lointaines, compenser ses émissions via des organismes certifiés Gold Standard reste une option. Mais la réduction à la source prime sur la compensation.

En pratique, limiter les vols intérieurs une fois sur place change la donne. Un vol Marrakech-Ouarzazate émet autant de CO2 qu’un trajet en bus pour quatre personnes sur le même itinéraire. Les voyageurs qui explorent les grands déserts du monde par la route réduisent leur empreinte tout en traversant des paysages que l’avion survole sans les montrer.

Slow travel : la tendance qui redéfinit le voyage

Les recherches liées au slow travel ont bondi de 156 % en 2025, selon Google Trends. Un tiers des voyageurs européens prévoient de prendre davantage le train dans les douze prochains mois (sondage Hitachi Rail, 2025). La fréquentation des chemins de fer suisses a grimpé de 24 % au début de l’été 2025 par rapport à l’année précédente.

Le principe : rester plus longtemps dans une seule destination plutôt que multiplier les étapes. Passer une semaine dans un village marocain apporte une expérience plus riche que trois jours de course entre monuments. Le slow travel transforme le trajet en partie intégrante du voyage, pas en simple transit.

Exemple : un Paris-Marrakech en train + ferry via Barcelone et Tanger prend 48 heures. Le bilan carbone chute de 90 % par rapport au vol direct. Le voyage traverse trois pays, deux mers et révèle des paysages impossibles à voir depuis un hublot.

Hébergement éco-responsable : labels et bonnes pratiques

Les grands groupes hôteliers génèrent 20 % de l’empreinte carbone touristique. Les alternatives existent, avec des critères vérifiables.

Clef Verte : premier label environnemental pour l’hébergement touristique, présent dans 65 pays. Les établissements labellisés réduisent leur consommation d’eau de 20 à 40 % par rapport aux hôtels classiques.

Green Globe : certification internationale axée sur la gestion durable des ressources, l’ancrage communautaire et la réduction des déchets.

Les écolodges, gîtes ruraux et chambres d’hôtes familiales réinvestissent leurs revenus dans l’économie locale. En Méditerranée, de nombreuses structures perpétuent un accueil ancré dans les traditions culinaires régionales et le partage de savoir-faire artisanaux. Le prix moyen d’un séjour éco-responsable de huit jours en Europe oscille entre 900 et 1 700 euros par personne (Globarent, 2026).

Tourisme local et économie : soutenir les communautés

Chaque euro dépensé auprès d’un prestataire local circule en moyenne 3,5 fois dans l’économie du territoire avant d’en sortir, contre 1,2 fois pour une multinationale (Tourism Concern). Manger au marché local, acheter aux artisans du souk, dormir chez l’habitant : ces choix concentrent les retombées là où elles comptent.

Sur le terrain, les artisans des souks nord-africains vivent de leur production. Poteries, tissages, maroquinerie, épices en vrac : acheter directement au producteur garantit une rémunération juste et encourage la transmission des savoir-faire. Un tapis berbère acheté à l’atelier coûte moins cher qu’en boutique touristique, et l’artisan touche 100 % du montant.

Le tourisme communautaire va plus loin. Des coopératives proposent des ateliers d’artisanat, des cours de cuisine locale, des visites guidées par des habitants. Les revenus financent directement des projets éducatifs ou sanitaires. Au Maroc, plusieurs associations de femmes rurales vivent des ateliers de cuisine et de tissage organisés pour les voyageurs.

Respecter les écosystèmes fragiles en voyage

Les récifs coralliens, les zones désertiques et les forêts tropicales subissent en premier l’impact d’un tourisme mal encadré. Quelques règles concrètes protègent ces milieux.

Rester sur les sentiers balisés dans les espaces naturels. Ne prélever ni plantes, ni coquillages, ni minéraux. Observer la faune à distance, sans flash ni bruit. Emporter tous ses déchets, y compris les mégots et les lingettes.

Les crèmes solaires chimiques (oxybenzone, octinoxate) détruisent les coraux : opter pour des filtres minéraux. La protection des océans passe par ces gestes microscopiques répétés des millions de fois chaque été sur les plages du monde entier.

Avant de visiter un parc national ou une réserve, vérifier les règles locales. Certains sites limitent le nombre de visiteurs quotidiens. Respecter ces quotas préserve l’expérience pour les suivants et réduit la pression sur la faune.

Vers un voyage à impact positif

Le tourisme responsable ne se résume pas à limiter les dégâts. Un voyageur conscient génère un cercle vertueux : il oriente la demande vers des prestataires engagés, stimule l’économie locale et préserve le patrimoine qu’il traverse.

Prochaine étape avant votre prochain départ : calculer l’empreinte carbone du trajet sur le simulateur Nos Gestes Climat de l’ADEME. Identifier un hébergement labellisé. Repérer les marchés locaux et les artisans de la destination. Un voyage préparé avec ces critères revient souvent moins cher qu’un séjour classique, et l’expérience gagne en profondeur.